Le dimanche où je devais retourner à l’ashraam écouter le Ramayana, j’ai passé la matinée à chercher un chambre à Assi Ghât. À la suite de quoi, mon corps s’est dérobé, et je suis rentrée à Ramnagar dans le même état qu’un poisson hoquetant hors de l’eau…
Ce matin, j’ai « paqué » mes affaires, gazinière et vaisselle compris, abandonnant mon refuge devenu infernal…
Tandis que j’attends le tempo en-bas, sur le charpoï, Mamie trie le riz.
La musique bat son plein,
devant le temple maudit, si joli pourtant….
Un fauteur de trouble vient s’excuser,
me conjure de ne pas partir.
La musique s’arrête,
les énormes enceintes sont remballées,
mais mes affaires sont prêtes.
« C’est une souffrance de vous voir partir » dit-il.
Quel culot !
Il m’emmene chez lui, voir le bébé de son frère, arrivé au monde six jours auparavant. La mère est restée quatre heures à l’hôpital !
Pappou aide Mamie à nettoyer les épinards : son travail de tisserand reprendra demain, festival de Raksh bhandan oblige. Je sais, c’était avant-hier, mais compte tenu des transhumances liées à la fête, trois jours de vacances sans compter le week-end, sont un minimum.
Quand le tempo arrive, Mamie est en train d’écraser les épices sur la pierre. Elle lève vers moi un visage désespéré : « ne t’en vas pas » supplie-t-elle… Je lui fais le « toucher-pied », elle me relève… J’ai le coeur dans les talons… Mais ma santé se dégrade à vue d’œil… Je pars, déchirée, décidée.
Ma nouvelle chambre est calme, le couple chez lequel j’ai élu domicile est cossu. Ce sont de riches bijoutiers, leur maison compte trois étages spacieux, et donne sur un parc. Je m’emplis de la paix qui m’a si cruellement manquée depuis mon arrivée en Inde.