Prochaine Nag panchami : 18 août 2007
La "Nag Panchami" ou "Cinquième des Cobras", se produit chaque année
dans la deuxième moitié de juillet. Seul un serpent donnant la mort est élevé au rang de divinité. La langue distingue « sarp », serpent ordinaire, de « nag », serpent mortel, et plus particulièrment le Cobra. Des hommes fascinants, hirsutes, sortis de leur forêt, agitent leur flûte, font danser les cobras près des temples, dans les ruelles…
La fête commence au chandan.
Il est six heures et demie du matin,
Ram ji, grimpé sur un banc,
accomplit sa Puja quotidienne
avant d’ouvrir le restaurant.
Il offre l’eau,
les fleurs
les fumées d’encens…
À peine a-t-il fini que deux gamins viennent demander une offrande pour leurs serpents.
Ram Ji leur sert du lait,
j’offre une banane,
un des gamins empoigne le cobra
et lui trempe la tête
dans l’assiette !
Dès sept heures,
me voilà partie dans les ruelles,
appareil de photo en main,
magnéto clipé à l’encolure de mon vêtement,
caché par une écharpe.
Partout,
des images de serpents
sont vendues
pour quelques roupies.
Les charmeurs arrivent
chargés de baluchons colorés
contenant leurs trésors.
Accroupis dans les ruelles,
ils posent devant eux la vannerie
dans laquelle le serpent est enroulé.
Ils jouent d’une flûte spéciale
qu’ils fabriquent eux-mêmes,
avec une calebasse prolongée de deux bambous
dont les trous permettent les modulations.
Le cobra se dresse,
gonfle son capuchon, danse.
Les gens s’arrêtent,
offrent du lait et des bananes au reptile,
jettent quelques pièces dans son panier,
joignent les mains en disant :
Bholé Naath Baba ! Bholé Naath Baba !
Gloire à Shiva,
le Grand Dieu Maître de la Mort, Maître du Temps.
Ils se sentent alors protégés toute l’année des mortelles morsures.
Les crochets contenant le poison mortel ont été ôté. Gardé dans une petite fiole, il est vendu à prix d’or. Car alors c’est la Mort elle-même qui est dans votre main !
Les charmeurs sont parfois des enfants d’une douzaine d’années. Vêtus de guenilles, enturbannés, parés de colliers, ils vivent dans la jungle du district de Kampur. « Pour trouver les serpents, on joue une mélodie particulière, et les cobras sortent », me dit l’un d’eux.
Lorsqu’en fin de journée je rentre chez moi, Basant finit de passer le « black japon » (espèce de peinture noire très bon marché) sur les boiseries. Il lave le sol à grand eau, la maison est nickel. Je lui donne son salaire majoré du prix de ma satisfaction. Il est heureux : j’ai dix personnes à nourrir » dit-il en montrant les dix doigts de ses mains.