
Le soir, dans le Cercle du Feu, Baba Ji raconte la visite de Ram et son frère Laksman à l’ascète Sabari, le lendemain du rapt de Sita par Ravan, durant la période d’exil.
Sabari était une femme de basse caste, pauvre, pas mariée, pas d’enfant… Elle vivait non loin de l’ashram de Matanga muni, et s’y rendait souvent. Profondément influencée par l’enseignement du sage, la miséreuse avait décidé de consacrer sa vie à le servir : elle balayait le chemin qu’il empruntait pour aller se baigner, enlevant la moindre épine, ramassait du bois sec pour son Feu, allait chercher l’Eau. Avant d’abandonner son corps, le guru lui prédit qu’un jour Bhagvan, Dieu, viendrait chez elle. Aussi, tous les jours, elle n’avait de cesse, sitôt ses prières du matin accomplies, de nettoyer et embellir le chemin menant à sa hutte. Pas un seul matin sans qu’elle n’y sème des pétales odorantes ! Elle cueillait des fruits pour son Seigneur, des baies, les mettait à sécher au cas où…

Un jour, Ram et son frère Lakshman, errant dans la forêt à la recherche de Sita, arrivent dans son ermitage. Heureuse et comblée, elle leur offre ses fruits, goûtant chacun d’eux pour vérifier s’ils sont doux, présentant les meilleurs au Seigneur. Ram mange tout ce qu’elle lui offre.
Tu te rends compte, elle mordait dedans avant de les lui donner !
s’exclame Baba Ji. Elle était tellement absorbée dans son adoration que tout ce qu’elle voulait, c’était lui donner les fruits les plus sucrés, les plus juteux. Et Ram les mangeait sans hésitation !!!
Le conteur se tient dans l’attitude du suppliant, yeux larmoyants, mains jointes, dos courbé :
Comment puis-je t’honorer, Seigneur ? Je suis de la plus basse des basses castes, et de plus une femme, et parmi les femmes, je suis la plus insignifiante !
Baba Ji se grandit, et d’une voix douce, ferme, pleine d’amour :
écoute mes paroles, femme ! Je ne considère qu’un seul lien, et c’est celui de la dévotion. Peu m’importe la caste, le lignage, la piété, la réputation, la richesse, les aptitudes : une personne sans foi est comme un nuage sans eau. Sabari, ta foi est des plus grandes, tu mérites la béatitude finale.
En apparté : C’est là qu’il parle des neuf formes de dévotion, c’est pour cela qu’il y a tant de monde ce soir là au lila ! Il reprend le ton du récit :
Sri Ram demande à Sabari de le conseiller dans sa recherche de Sita. Dans quelle direction doit-il continuer sa quête ?
Lui, le Seigneur qui sait tout, demande à cette femme de l’aider ! Voit comme est grande sa compassion ! Sabari lui indique la route du lac Pampa, où Ram Ji rencontre Hanuman Ji.celui qui va retrouver Sita :
Baba ji prend un air finaud et malicieux :
Lakshman, sans que personne ne le voie, a jeté une partie des fruits de Sabari. Ça le dégoûtait, ces vieux fruits dans lesquels elle avait mordu… Eh bien, c’est de ce qu’il a jeté, emmené par le vent jusque dans les montagnes, qu’a poussé la sanjuni bhuti, l’herbe qui lui a sauvé la vie lorsque Ravan l’a blessé à mort. C’est cette herbe qu’Hanuman va chercher dans l’Himalaya !
Les yeux de Baba Ji pétillent de la beauté de la chose. Et de me lancer en partant : « honore la forme ! »
Remarques :
Celui qui pratique l’une de ces neuf, que ce soit une femme, un homme, n’importe quelle créature : elle m’est très chère.
Aranya Kand, doha 34 et 35 (ma traduction)